Le garçon aux couleurs

Le repas de l’aveugle (1903).
Picasso
Dans ton
bassin aux couleurs vives,
Tu
piétines les cuirs aux heures tardives,
Le soleil
rasant sèche encore les peaux,
Ces bains
de tan furent ton berceau.
Tu as
grandi ici les jambes cuivrées,
A te
baigner dans ces mers factices,
Tu as
grandi les mains bien trop abîmées,
Par cette
chaux laiteuse qui les polisse.
La
tannerie devient un arc-en-ciel,
Qui
rebondit dans chacune des auges,
Les
pigments étalés sont cette kyrielle,
Epandue
par le vent sur les murs de ta bauge.
Mais le
jour de tes vingt ans,
Tu as
ouvert les yeux une dernière fois,
Dans le
mauvais bac, innocemment,
Tu as
perdu les teintes d’autrefois. . .
Dans ta
fosse aux couleurs absentes,
Tu
piétines les cuirs aux heures indécentes,
La lune
rasante esquive son halo,
Ces bains
de tan seront aussi ton tombeau…
© Alexein 2005