La petite

 

On la cachait dans de sombres greniers,

Avec pour seule lumière, son identité.

Si jeune elle rejoignait la poussière,

Seul vrai bouclier dans cette fausse guerre.

 

De la petite lucarne, perchée sous son toit,

Elle vit une nuit père et mère partir sans le chat,

Dans une veille voiture grise et austère,

Conduite par trois ou quatre militaires…

 

Elle grandit dans ses livres et dans le souvenir,

Des repas de famille, des leçons de piano,

Faisant fi des injures,  servant de cible aux tirs,

Elle rêvait de jeunes princes qui l’enlèveraient du ghetto

 

Le bruit des bottes résonne encore,

Dans sa mémoire aux tristes sorts,

Mais comment faire taire cet interminable écho,

Quand on n’a plus personne pour crier ‘Salauds !’

 

 

ã alexein 2002