Trop-plein de soi

 

 

Narcisse,  Le Caravage, 1595.

 

 

Sauras-tu quitter ton autre toi,

Celui qui emplit ton cœur de narcisses,

Sauras-tu lui dire que ces fleurs-là,

N’éclosent que de plaisirs adventices ?

 

Tu cherches sans fin les instants d’une vie,

Trop peureux de penser qu’aimer suffit,

Tu cherches sans fin l’étincelle éphémère,

Qui te laissera un jour un genou à terre.

 

Qu’auras-tu gagné quand tes rides rappelleront,

Au temps qui bastonne tes nuits insomniaques,

Marquées de oui, marquées de non,

Sous la lune, défilé paradisiaque ?

 

Divorcer de soi-même pour épouser l’autre,

Voilà ton inépuisable querelle,

Tu gis maintenant sur ce lit devenu nôtre,

Incapable de te retourner vers le réel.

 

Trop assuré d’être l’exception à la règle,

Tu danses sur ton reflet comme l’étoile file,

On ne dit pas merci, on sourit espiègle,

Pour se convaincre qu’on est docile…

 

Sauras-tu quitter ton autre toi,

Celui qui emplit ton cœur de narcisses,

Sauras-tu lui dire que ces fleurs-là,

Même peintes ne donnent jamais d’esquisse…

 

 

 

© Alexein 2005